marquis d’ARCY

 

Dernier gouverneur de M. le duc de Chartres /il/ avait acquis une grande estime par la conduite qu'il lui avait fait tenir à la guerre et dans le monde, qui y était lui-même fort estimé, et qui s'était fait auparavant ce dernier emploi une grande réputation dans ses ambassades. Il était chevalier de l'ordre et conseiller d'État d'épée, et mourut des fatigues de l'armée et de son emploi sans avoir été marié, au printemps 1694, à Valenciennes.

Jean-Claude, baron de BRESSEY

 

Un fort mécontentement lui avait fait quitter depuis peu le service d'Espagne, non sans laisser quelques nuages sur sa réputation de s'être aussitôt jeté en celui de France. Il s'était distingué par sa valeur et sa capacité ; Il était excellent ingénieur et très bon d'officier général. Il eut, en entrant au service du Roi, le grade de lieutenant général et un grand traitement pécuniaire. C'était un homme de basse mine, modeste, réservé, dont la physionomie ne promettait rien, mais qui acquit bientôt la confiance du roi et toute l'estime militaire (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 20).

 

 

duc et duchesse de CHOISEUL

 

[La duchesse de Choiseul], sœur de La Vallière, belle et faite en déesse, ne bougeait avec Mme la princesse de Conti, dont elle était cousine germaine et intime amie. Elle avait eu des galanteries sans nombre, et qui avaient fait grand bruit. Le roi qui craignait cette liaison étroite avec sa fille, lui avait fait parler, puis l’avait mortifiée, ensuite éloignée, et lui avait après toujours pardonné. La voyant incorrigible et n'aimant pas les éclats par lui-même, il le voulut faire par le mari, et se défaire d'elle une fois pour toutes. Il se servit pour cela de la promotion, et chargea M. de La Rochefoucauld, ami intime du duc de Choiseul, de lui représenter le tort que lui faisait le désordre public de sa femme, de le presser de la faire mettre dans un couvent, et de lui faire entendre, s'il avait peine à s’y résoudre, que le bâton [de maréchal] qu’il lui destinait était à ce prix.

Ce que le roi avait prévu arriva. Le duc de Choiseul, excellent homme de guerre, était d'ailleurs un assez pauvre homme et le meilleur homme du monde. Quoique vieux, un peu amoureux de sa femme qui lui faisait accroire une partie de ce qu'elle voulait, il ne put se résoudre à un tel éclat, tellement que M. de La Rochefoucauld à bout d'éloquence fut obligé d'en venir à la condition du bâton. Cela même gâta tout. Le duc de Choiseul s'indigna que la récompense de ses services et de la réputation qu'il avait justement acquise à la guerre, se trouvât attaché à une affaire domestique qui ne regardait que lui, et refusa avec une opiniâtreté qui ne put être vaincue. Il lui ont coûta le bâton de maréchal de France dont le scandale public éclata. Ce qu’il y eût de pis pour lui, c'est que sa femme bientôt après fut chassée, et qu'elle en fit tant, que le duc de Choiseul enfin n'y put tenir, la chassa de chez lui et s'en sépara pour toujours.

comte de COETQUEN

 

Il savait infiniment et agréablement, et avait beaucoup d'esprit et de douceur, qui rendait son commerce et très aimable ; avec cela, assez particulier et encore plus paresseux, extrêmement riche par sa mère, qui était une fille de Saint-Malo, et point de père (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 28).


 

M. de FONTAINE-MARTEL

 

M. de Fontaine-Martel, de bonne et ancienne maison des Martel et des Claire de Normandie, était un homme perdu de goutte et pauvre. Il était frère unique du marquis d’Arcy, dernier gouverneur de M. le duc de Chartres. Ce fut à cette qualité de frère de M. d'Arcy que la charge fut donnée.


 

Mme de FONTAINE-MARTEL

 

Elle était fille posthume de M. de Bordeaux, mort ambassadeur de France en Angleterre, et de Mme de Bordeaux, qui pour une bourgeoise était extrêmement du monde et amie intime de beaucoup d'hommes et de femmes distingués. Elle avait été belle et galante ; elle en avait conservé le goût dans sa vieillesse, qui lui avait conservé aussi des amies considérables. Elle avait élevé sa fille unique dans les mêmes moeurs : l'une et l'autre avaient de l'esprit et du manège. Mme de Fontaine-Martel s'était ainsi trouvée naturellement du grand monde ; elle était fort de la cour de Monsieur. La place de confiance que M. d’Arcy, son beau-frère, y remplit si dignement, lui donna de la considération.

Louis, comte de MAILLY (1663-1699)

Quatrième fils de Louis-Charles, marquis de Nesle, et de Jeanne de Monchy-Montcavrel.


Menin du dauphin aïeul de Louis XV, et son favori, il fut colonel du régiment de Bassigny et ensuite de celui des Vaisseaux, puis maréchal général des camps et armées du roi et mestre de camp général des dragons de France (1691). Il se distingua dans toutes les campagnes depuis le siège de Luxembourg (1684) où il n'était encore que volontaire. Il fut blessé et eut son cheval tué sous lui dans un combat avec la cavalerie espagnole près d'Ostalric (1696).
Il mourut le 6 avril 1699, chez un fameux baigneur parisien, d'une esquinancie (angine), n'étant âgé que de 37 ans. On dit alors assez hautement que sa maladie venait de ses débauches avec une comédienne de l'Opéra qui lui a épuisé le corps et la bourse.

C'était un homme de beaucoup d'ambition, qui se présentait à tout, aimable s'il n'avait pas été si audacieux, et qui avait le nez tourné à la fortune. C'était une manière de favori de Monseigneur. Avec ces avances, il voulut s’appuyer de Mme de Maintenon pour sa fortune et pour obtenir un patrimoine de son père : c'est ce qui fit le mariage en faisant espérer monts et merveilles aux vieux Maillis qui voulaient du présent, et sentaient en gens d'esprit que le mariage fait, on les laisserait là, comme il arriva  (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 40).


 

Marie Anne Françoise, comtesse de MAILLY, née de SAINTE-HERMINE (1667-1734)

Fille d'un cousin issu de germains de Madame de Maintenon, dame d'atours de la dauphine, mère de Louis XV, puis de la Reine, décédée à l'abbaye de Poissy le 6 novembre 1743, dans sa 67e année.

 

Mme de Mailly était une demoiselle de Poitou qui n'avait pas de chausses, fille de Saint-Hermine, cousin issu de germain de Mme de Maintenon. Elle l'avait fait venir de sa province demeurer chez elle à Versailles, et l’avait mariée, moitié gré, moitié force, au comte de Mailly (...). La nouvelle comtesse de Mailly avait apporté tout le gauche de sa province, dont, faute d'esprit, elle ne se sut défaire, et enta dessus toute la gloire de la toute-puissante faveur de Mme de Maintenon : bonne femme et sûre amie d'ailleurs, quand elle l’était, et magnifique, mais glorieuse à l’excès et désagréable avec le gros du monde, avec peu de conduite et fort particulière (L. de Saint-Simon : Mémoires, t. 1 ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 39-40).


 

Louis de MAUPERTUIS, comte de GUISCARD (1651-1720)

 

Ce Maupertuis se disait de la maison de Melun, et le disait de bonne foi ; car il était la vérité et l'honneur et la probité même, et c'est ce qui lui avait acquis la confiance du roi. Cependant il n'était rien moins que Melun, non reconnu par aucun de cette grande maison. Il était arrivé par les degrés, de maréchal de logis des mousquetaires, jusqu'à les commander en chef et à devenir officier général. Son  équité, sa bonté, sa valeur lui en avait acquis l'estime ; les vétilles, les pointilles de toute espèce d'exactitude et de précision, et une vivacité qui d'un rien faisait un crime, et de la meilleure foi du monde, l’y faisaient moins aimer. C'était par là qu'il avait su plaire au Roi qui lui avait souvent donné des emplois de confiance. Il fut chargé, à la dernière disgrâce de M. de Lauzun, de le conduire à Pignerol, et bien des années après, de l'an ramener à Bourbon deux fois de suite, lorsque l'intérêt de sa liberté et celui de M. du Maine y joignirent Mme de Montespan et cet illustre malheureux, qui y céda les dons immenses de Mademoiselle à M. du Maine pour changer seulement sa prison en exil. L'exactitude de Maupertuis dans tous ces divers temps qu'il fut sous sa garde le mit tellement au désespoir qu'il ne l'a oublié de sa vie. C'était d'ailleurs un très homme de bien, poli, modeste et respectueux (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 18-19).


 

M. de MONTCHEVREUIL

 

Montchevreuil était Mornay, de bonne maison, sans esprit aucun et gueux comme un rat d'église (...). La Scarron (...) voulut Montchevreuil pour un des trois témoins de son mariage avec le roi ; elle lui procura le gouvernement de Saint-Germain-en-Laye, l’attacha à M. du Maine, le fit chevalier de l'ordre avec le fils de Villarceaux, au refus du père, en 1688, qu'il aima mieux pour son fils que pour lui-même, et mit sous la conduite de Mme de Montchevreuil Mlle de Blois jusqu'à son mariage avec M. le duc de Chartres, après avoir été gouvernante des filles d'honneur de Mme la Dauphine emploi qu’elle prit par pauvreté. Montchevreuil était un fort honnête homme, modeste, brave, mais des plus épais.


 

Mme de MONTCHEVREUIL

 

[Mme de Montchevreuil], qui était Boucher d'Orsay, était une grande créature, maigre, jaune, qui riait niais, et montrait de longues et vilaines dents, dévote à outrance, d'un maintien composé, et à qui il ne manquait que la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun esprit, elle avait tellement captivé Mme de Maintenon qu'elle ne voyait que par ses yeux et ses yeux ne voyaient jamais que des apparences et la laissaient dupe de tout. Elle était pourtant la surveillante de toutes les femmes de la cour, et de son témoignage dépendaient les distinctions ou les dégoûts et souvent par enchaînement les fortunes. Tout jusqu'au ministre, jusqu'au fille du roi, tremblait devant tel ; on ne l'approchait que difficilement ; un sourire d'elle était une faveur qui se comptait pour beaucoup. Le roi avait pour elle une considération la plus marquée. Elle était de tous les voyages et toujours avec Mme de Maintenon.

Madeleine, maréchale de ROCHEFORT (1646-1729)

 

Elle était belle, encore plus piquante, toute faite pour la cour, pour les galanteries, pour les intrigues ; l’esprit du monde à force d’en être, peu ou point d'ailleurs, et toute la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût. M. de Louvois la trouva fort à son gré, et elle s’accommoda fort  de sa bourse et de figurer par cette intimité. Lorsque le Roi eut et changea de maîtresse, elle fut toujours leur meilleur amie, et quand il se lia avec Madame de Soubise, c’était chez la maréchale qu’elle allait et chez qui elle attendait Bontemps, à porte fermée, qui la menait par des détours chez le Roi (...).

Elle fut donc amie de Mmes de la Vallière, de Montespan et de Soubise, et surtout de la dernière, jusqu'au temps où j'ai connu la maréchale, et le sont toujours demeurées intimement Elle le devint après de Mme de Maintenon, qu’elle avait connue chez Mme de Montespan, et à qui elle s'attacha à mesure qu’elle vit arriver et croître sa faveur. Elle était telle au mariage de Monseigneur, que le Roi n’eut pas honte de la faire dame d'atours de la nouvelle Dauphine ; mais, n'osant aussi l’y mettre en plein, il ne put trouver mieux que la maréchale de Rochefort pour y être en premier et pour s'accommoder d’une compagne si étrangement inégale, et avoir cependant pour elle les déférences que sa faveur exigeait. Elle y remplit parfaitement les espérances qu’on en avait conçues, et sut néanmoins, avec cela, se concilier l’amitié et la confiance de Mme la Dauphine jusqu’à sa mort, quoiqu’elle ne pût souffrir Mme de Maintenon, ni Mme de Maintenon cette pauvre princesse (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 38).


 

Nicolas-François de SAINT-LAURENT

 

Saint-Laurent était un homme de peu, sous-introducteur des ambassadeurs chez Monsieur, et de basse mine, mais pour tout dire en un mot, l'homme de son siècle le plus propre à élever un prince et à former un grand roi. Sa bassesse l'empêcha d'avoir un titre pour cette éducation, son extrême mérite l'en fit laisser seul maître ; et quand la bienséance exigea que le prince eût un gouverneur, ce gouverneur ne le fut qu'en apparence, et Saint-Laurent toujours dans la même confiance et dans la même autorité (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 30).

 

 

Marguerite-Angélique de SAINT-VALLERY (1651-1747)

Fille de François Bullion, marquis de Montlouet, et de Louise-Henriette Rouault. Elle épouse, le 23 juillet 1674, Joseph-Emmanuel-Hyacinthe de Gamaches (1650-1691). Dame d'honneur de la marquise du Maine.

 

C'était une femme grande, belle, agréable, très bien faite, de fort peu d'esprit, à qui la douceur et une vertu jamais démentie et une piété solide tenaient lieu de tout le reste, et la rendirent aimable et respectée de toute la cour, où elle ne vint que malgré elle. Aussi n’y demeura-t-elle que le moins qu'elle put. Elle s'aperçut qu'on avait envie de sa place où tout lui déplaisait, et que M. du Maine se radoucissoit autour d'elle, ou naturellement, ou de dessein. Il n'en fallut pas davantage pour lui faire demander à se retirer, avec la douleur de toute la cour, que sa beauté, sa vertu, sa modestie et le grand air de toute sa personne avait charmée.

Pierre, marquis de VILLARS (1623-1698)

 

Villars était petit-fils d'un greffier de Condrieu, l'homme de France le mieux fait et de la meilleure mine. On se battait fort de son temps ; il était brave et adroit aux armes, et avait acquis de la réputation fort jeune en des combats singuliers. Cela couvrit sa naissance aux yeux de M. de Nemours, qui aimait à s'attacher des braves, et qui le prit comme gentilhomme (...). [Sa] mort renvoya Villars chez lui. Il n'y fut pas longtemps que M. le Prince de Conti se l’attacha aussi comme un gentilhomme à lui (...). Dans les suites il prit confiance en Villars, alors que le cardinal Mazarin songea à lui donner sa nièce, ce fut de Villars dont il se servit, et par qui il fit ce mariage. On sait combien il fut heureux, et saint ensuite. Villars devint le confident des deux époux et leur lien avec le cardinal, et tout cela avec toute la sagacité et la probité possible.

Une telle situation le mit fort dans le monde, et dans un monde fort au-dessus de lui, parmi lequel, quelques fortune qu'il ait faite depuis, il ne s’est jamais méconnu. Sa figure lui donna entrée chez les dames ; il était galant et discret, et cette voie ne lui fut pas inutile. Il plut à Mme Scarron qui, sur le trône où elle sut régner longtemps depuis, n'a jamais oublié ces sortes d'amitiés si librement intimes. Villars fut employé auprès des Princes d'Allemagne et d'Italie, et fut après ambassadeur en Savoie, en Danemark et en Espagne, et réussit, et se fit estimer et aimer partout. Il eût ensuite une place de conseiller d'État d'épée, et, au scandale de l'Ordre du Saint-Esprit, il fut de la promotion de 1688 (L. de Saint-Simon : Mémoires ; Biblioth. de la Pléiade, 1953, p. 36-37).