"Tout le monde a perdu la tête !" (Taine)




La Bastille n'a pas été prise de vive force, disait le brave Élie, l'un des combattants ; elle s'est rendue avant même d'avoir été attaquée”, par capitulation, sur la promesse qu'il ne serait fait de mal à personne. La garnison, trop bien garantie, n'avait plus le cœur de tirer sans péril sur des corps vivants, et, d'autre part, elle était troublée par la vue de la foule immense. Huit ou neuf cents hommes seulement attaquaient, la plupart ouvriers, boutiquiers du faubourg, tailleurs, charrons, merciers, marchands de vin, mêlés à des gardes-françaises. Mais la place de la Bastille et toutes les ruses environnantes était comble de curieux qui venaient voir le spectacle ; “parmi eux, dit un témoin, nombre de femme élégantes et de fort bon air qui avaient laissé leurs voitures à quelques distance”. Du haut de leurs parapets, il semblait aux cent-vingt hommes de la garnison que Paris tout entier débordait contre eux. - Aussi bien ce sont eux qui baissent le pont-levis, qui introduisent l'ennemi : tout le monde a perdu la tête, les assiégés comme les assiégeants, ceux-jci encore davantage, parce qu'ils sont enivrés par la victoire (H. Taine : Les Origines de la France contemporaine, 1878 ; coll. Bouquins, 1986, p. 344).

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