Le 15 de la rue Perrichont (75016)


Les automobilistes du XVIe arrondissement connaissent bien la rue Perrichont car, s’ils viennent du nord de cet arrondissement, emprunter cette courte rue à sens unique leur permet facilement de rejoindre l’avenue de Versailles et le pont de Grenelle. Mais c’est plutôt les piétons amateurs d’architecture parisienne qui devraient lui rendre visite. Au sortir de la rue Jean de la Fontaine richement dédiée à Hector Guimard, elle offrirait à leurs regards un dernier et agréable dessert. Se trouve là, épanouie, une des plus belles réalisations de l’équipe qu’ont formée, en pleine floraison d’Art nouveau, l’architecte Joachim Richard (1869-1960) et l’atelier de céramique Gentil & Bourdet. Je veux parler de l‘immeuble du 15, rue Perrichont.





Sa façade, de lignes et d’organisation relativement sobres comme on le voit (de la brique et des bow-windows en partie centrale), est en partie couverte de superbes et accrocheurs panneaux de céramique : des feuilles nervurées de marronnier qui, inscrites dans des cercles, font s’enclore, dans une organisation géométrique et répétitive préfigurant l’Art déco, la profusion florale que les décorateurs de l‘époque aimaient à répandre à pleines mains.





La porte est encadrée de deux branchages symétriques, toujours de marronniers, qui se cambrent comme des serpents dressés, les racines elles aussi se lovant et s’étalant à hauteur de la poignée de porte comme si, sortant du four ou voulant s'échapper des raideurs de la botanique, elles s'attardaient encore en une pâteuse consistance.





Voici la mention qui y est consacrée dans les annexes architecturales du PLU de Paris :

“Immeuble de rapport réalisé par l'architecte Joachim Richard en 1907. Sa façade combinant la céramique sur des thèmes végétaux et les briques polychromes est un bon exemple du goût décoratif des architectes au début du XXe siècle. La plaque du numéro de rue a été dessinée par Guimard. Les linteaux en grès flammé sont de Gentil et Bourdet et prennent des formes trilobées ou en anse de panier. L'emploi du béton (Joachim Richard est un élève de d'Anatole de Baudot) a permis ici de désaxer la porte d'entrée par rapport aux étages” (Réglement du PLU de Paris, Annexe “Protections patrimoniales”).

Le site "archiwebture" de la Cité de l'Architecture et du patrimoine nous livre une foule de détails sur la vie, la carrière et même le caractère de Joachim Richard. Il nous y est dit ainsi que ce dernier, surnommé "Joa" par ses amis, était "un personnage connu pour sa générosité, sa gentillesse, sa bonhommie et son épicurisme". De manière plus précisément en rapport avec l'immeuble de la rue Perrichont, nous apprenons que celui-ci appartint à Joachim Richard lui-même, qu'il s'en réserva pour son propre usage l'appartement du 4e étage et qu'il y résida jusqu'à sa mort en 1960.


L’immeuble qui fait face, au n° 14, est plein d’intérêt lui aussi. J’en parle dans le post qui lui est consacré, daté du 4 octobre 2018.

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