André Maurois à la croisée des chemins


Maurois, éternel premier de classe, lauréat du Concours général, n’alla, dans ses études, pas plus loin qu'une modeste licence obtenue à la faculté des lettres de Rouen. S’il les avait poursuivies, nul doute que cette bête à concours, qui ne passa en réalité jamais de concours, n’aurait brillamment réussi ceux de l’Ecole normale supérieure, de l’agrégation de lettres ou de philosophie… Mais non, il préféra prendre la suite de son père dans l’usine familiale. Si André Maurois fit ce choix qui paraît à première vue étrange, ce fut sur les conseils d’Alain. Celui-ci, jeune professeur inconnu au lycée Corneille de Rouen, ne s’appelait encore qu’Etienne Chartier. Enseignant la philosophie en classe de terminale, il avait quasiment vampirisé le lycéen Emile Herzog, comme il le fit avec beaucoup d’autres de ses élèves et pas toujours pour le bonheur des intéressés. Dans ses "Mémoires", Maurois reproduit, aussi fidèlement qu’il le peut à tant d’années de distance, l’argumentation que lui tint ce professeur qu’il admirait tant :


“Pourquoi ne pas entrer à l'École normale ? Le métier de professeur me tentait. Je n'espérais pas avoir, aux yeux de mes élèves, le prestige d'un Chartier, mais je pourrais être un professeur honorable, consciencieux, peut-être aimé. D'ailleurs je souhaitais écrire et dans un paisible poste de province, j'aurai des loisirs. J'exposai ces plans à Chartier (...).

“Je ne crois pas, me dit-il, que vous ayez raison. Non que vous ne soyez certain de réussir dans une telle carrière. Je vous vois reçu à Normale avec aisance... Mais ensuite ?... Il y aurait pour vous de grands dangers. Vous avez une redoutable facilité. Je crains que vous n’écriviez avant d'être mûr pour écrire. Professeur, vous ne verrez guère le monde que, romancier, vous auriez pour devoir de recréer. Trop jeune, les petites chapelles de lettres vous accueilleront. Ce n'est pas ainsi qu'ont commencé Balzac, Dickens. L’un fut clerc de notaire, imprimeur ; l'autre, journaliste. Est-ce que votre père n'est pas industriel ? J'aimerais vous voir entrer dans une usine. Là vous observerez des hommes au travail. Vous serez David Séchard, César Birotteau et peut-être le docteur Benassis. Votre journée d'atelier achevée, vous copierez la Chartreuse, ou le Rouge, de votre main, pour apprendre la technique de l'écrivain, comme les jeunes peintres copient les tableaux de maîtres. Voilà un beau début dans la vie” (A. Maurois : Mémoires ; Flammarion, 1970, p. 48).


Maurois décrit ensuite la joie paternelle lorsque, le soir venu, il informe son père de cette conversation :

“Le soir, en rentrant à Elbeuf, chargé de mes livres, par le train familier, je racontais cette conversation à mon père. Son visage affectueux s'illumina :

"Je ne voulais pas te contrarier, dit-il, mais puisque Chartier t'a donné ce conseil, je suis content d'être d'accord avec lui. Je crois, moi aussi, que tu devrais entrer à l'usine avec nous, ou au moins commencer ainsi... Si tu continues à souhaiter d'écrire, tes soirées seront libres et, si vraiment tu as du talent, cela finira bien par apparaître" (A. Maurois : Mémoires, op. cit., p. 49).


Et voilà comment on ne devient pas un écrivain !

On comprend au reste la position du père de Maurois. Que son fils devînt fonctionnaire de l’enseignement ou bien “artiste”, on ne voit pas que cet industriel zélé aurait pu s’en réjouir. Mais comment comprendre la position d’Alain, sinon par la volonté sournoise de casser un talent naissant, de ternir un jeune homme trop brillant ?

Une fois devenu directeur d’usine, Maurois essaya bien de suivre le conseil de son maître, à savoir concilier ses devoirs professionnels et sa vocation d’écrivain. Le soir, rentré de l’usine, il s’efforçait d’écrire. Mais il est harassant d’obéir à une double destinée. Certes, notre jeune homme réussissait fort bien dans son métier. Il sut moderniser une fabrication qui s’engluait dans la routine, développer de nouvelle lignes de produits (des tissus “fantaisie” au lieu de la solide étoffe noire dans laquelle on taillait les costumes des notaires). De toute façon, Maurois a toujours su tout faire et tout apprendre, il s’adaptait à n’importe quoi qu’on pût lui demander, se soumettait à tout sans rechigner. Mais toute son énergie mentale en était absorbée.

Pour mesurer l'effort sur soi qu'il fallut déployer à Maurois pour amorcer ce virage, il suffit de citer le monologue intérieur qu'il prête à l'un de ses personnages. Il s'agit de Bernard Quesnay, un jeune homme bien convenable fait à sa ressemblance et qui s'apprête à réaliser le même choix de vie qu'il accomplit lui-même, à savoir signer l'acte notarié qui fait de lui un associé à l'entreprise familiale. Maurois dépeint Bernard Quesnay hésitant, avec des atermoiements, des geignements, que lui-même n'eut pas à éprouver au même degré car ce fut pour lui une force que de disposer, pour orienter son destin, d'une justification intellectuelle toute prête, offerte par son professeur de philosophie : “Acheter de la laine, vendre du drap, telle va donc être ma vie... Ma vie brève et unique... Dans vingt ans, la partie sera jouée, tout espoir d'aventure perdu, toutes les chances de bonheur évanouies. Je ferai tous les matins ma tournée dans les ateliers ; le soir, au bureau, je dicterai : “En réponse à votre honorée…” Le plus terrible est que je n'en souffrirai pas... Et pourquoi ? Qui me force à signer ?” (A. Maurois : Bernard Quesnay, 1926 ; Le Livre de poche, p. 7).

Dans un premier temps, effectivement, Maurois n'en a pas trop souffert. C’est que le Personnage du directeur d’usine efficace et dévoué présente l’avantage d’être une création parfaitement cohérente. Se reposer en elle, se glisser dans la panoplie qu’elle vous tend, c’est, pourvu qu’on en eût les talents, comme de dormir dans des draps chauds, comme de s’injecter une dose d’endomorphines. Si, en revanche, notre Personnage se dédouble en un Docteur Jekyll surveillant attentivement ses machines et ses ouvriers, et un Mr Hyde qui, le soir, imagine de les démolir à coups de marteaux ou de mouvements de grèves, le Docteur Jekyll, devant son honorable famille, bafouille, prend des airs coupables, ne sait plus découper la volaille, suscite l’incompréhension d’une épouse qui, elle, se couche à 23 heures puis s’endort. On ne peut servir deux maîtres, "la vie réelle (...) n'admet qu'une vérité" (op. cit., p. 221)

Le roman "Bernard Quesnay" illustre à sa façon les difficultés de la dissociation intérieure. Plutôt que d'y décrire un seul individu déchiré, Maurois, se dédoublant, y invente les personnages de deux frères, Bernard et Antoine. Chacun d’eux, faisant sans les regretter des choix différents, exprime de manière simple ce que leur créateur ressentait lui-même comme une invivable complexité. Bernard, celui des frères qui choisit la conformité, à savoir un destin de directeur d'usine, voit ainsi résumé par son meilleur ami son projet de vie et les profits qu'il en tire : "Tu étais tourmenté par certains scrupules, tu les a apaisés par certains sophismes. Tu as sacrifié une partie de ton intelligence à l'unité de ton moi. C'est très bien. Il est certain qu'il nous faut, pour pouvoir vivre, construire un système d'idée qui comporte notre existence… (...) Tu t'es dessiné un certain type de bourgeois idéal, à la fois militaire et industriel, et tu essaies de le vivre" (A. Maurois : Bernard Quesnay, 1926 ; Le Livre de poche, p. 220).


Si Maurois s‘était obstiné dans la voie détournée qu’Alain avait imaginée pour lui, - lester une oeuvre par le poids d’une expérience patronale réellement vécue, cesser d'être uniment un "bourgeois idéal" -, il n’y eût gagné qu’à passer pour un faiseur, ce dont ne l'accusèrent, heureusement pour lui, que ses ennemis déclarés. L'un d'eux nous a laissé ce portrait malveillant : “M. André Maurois est un homme habile. Il a le génie des affaires. Tout ce qu'il entreprend lui réussit, la littérature aussi bien que l'industrie. Il mène de front, et par des méthodes identiques ces deux vieilles ennemies qui, jusqu'à lui, paraissaient irréconciliables. Avec un égal bonheur, M. André Maurois fabrique des draperies, des tissus de laine et flanelle en tout genre à Elbeuf, et des livres à Paris” (A. Auriant : Un écrivain original, M. André Maurois ; Mercure de France, 1er mars 1928, p. 298).

Au bout de quelques années passées à essayer de devenir un tel écrivain du dimanche, les comptes sont faits : “De petits travaux d'amateurs, vers et prose, signés de son vrai nom (...), passèrent inaperçus dans les petites revues qui les avait accueillis (...). Entré jeune dans l'industrie, accaparé par l'usine, il n'avait eu de loisirs ni pour rêver, ni pour observer. La littérature n'était alors que son violon d'Ingres, dont il jouait assez gauchement pour distraire la monotonie des soirées provinciale” (A. Auriant, op. cit., pp. 298-299 : Auriant, très partial, ne connaissait pas Maurois personnellement mais rien ne contredit sa description moqueuse). Il n'y avait rien, dans ces loisirs tout de même prenants, qui justifiait qu'on leur sacrifiât son repos et sa vie de couple. C’en est donc décidé. M. Herzog fils a bien autre chose à faire. Il ne peut s'accorder le luxe de jouer à l'écrivain. Il range provisoirement, peut-être, ses feuilles de papier et part rejoindre dans le grand salon ce qu’il appellera dans un de ses romans “le Cercle de Famille” : “Lorsque je vais quitter Elbeuf en 1914, j'étais un industriel provincial, certain que rien au monde n'était plus important que le bonheur de son ménage et la bonne marche de son usine. Ma petite ville, ma petite maison, ma petite famille me semblaient être le centre de l'univers. Nous faisions partie, moi et les miens, d’un système solide, immuable, qui avait ses lois fixes dont la connaissance permettait de prévoir les événements et d'agir avec sagesse” (A. Maurois : Mémoires ; Flammarion, 1970, p. 136).

C’est cet événément imprévisible que constitue une guerre mondiale de quatre années qui vint tirer Maurois de cet étouffoir provincial. Les bizarreries de l’expérience militaire qui fut la sienne (interprète et agent de liaison auprès de l’armée britannique) lui donnèrent l’idée d’écrire son premier livre, "Les Silences du Colonel Bramble". Mais plutôt que d’idée, il faudrait parler de pulsion longtemps réprimée, tant il n’en pouvait plus de se taire.


L’écrivain André Maurois n’aurait donc jamais pu voir le jour : au front, il aurait pu être tué comme l’ont été ses cousins du même âge que lui, avec qui il présidait aux destinées de l’usine Fraenkel & Herzog - en paix, il aurait assisté, impuissant, au déclin de l’industrie textile normande. Pour échapper à l’anonymat des morts et des fortunes, il lui fallut le hasard, la chance, le coup de feu de Sarajevo. La guerre de 1914-1918 a tué beaucoup d’écrivains. Elle en a fait naître au moins un ...

Mais il s’en est fallu de peu. Et tout cela, parce que son professeur de terminale lui donna un conseil idiot ! Différer l’accomplissement d’une ambition littéraire, ne pas poursuivre d’études supérieures dignes de ce nom, ne pas “monter” à Paris parce qu’on risquerait d’y réussir avec trop de rapidité et d’éclat, préférer à une gloire parisienne facilement acquise la sécurité d’un enracinement familial et provincial, c’était vraiment le pire recommandation à dispenser à un jeune homme timide et conformiste, déjà que trop enclin à obéir et à se soumettre. Lorsqu’Alain (ou Maurois rétrospectivement ?) évoque les “chapelles de lettres”, sans doute pense-t-il à celle de Mallarmé qui accueillait aimablement les jeunes écrivains, les débarbouillait de leur fond de vieilles humanités, les faisait renoncer à la gloire d'Anatole France… Ainsi aidé, Maurois aurait lu Apollinaire et Max Jacob, aurait écouté du Stravinsky, aurait connu Picasso. En quittant Elbeuf dès 1902, il aurait gagné plusieurs années en termes de génération littéraire. Au lieu de quoi, en 1910, il en était encore à découvrir Beethoven (op. cit. p. 88) ! En 1925, Germaine Jaloux et sa future épouse Simone de Caillavet lui apprennent à aimer Wagner (op. cit. p. 170). Maurois avait alors 40 ans !! Depuis 13 ans déjà, on jouait le "Pierrot lunaire". Un tel temps perdu était irrattrapable.

On connaît, il est vrai les dangers d’un excès de précocité littéraire. Cocteau ne s’est jamais remis d’avoir été applaudi dès l’âge de 19 ans pour des poésies en alexandrins qu’ensuite il n’osa plus republier. Mais on n’aurait pas davantage imaginé Cocteau à l’ENS pas plus que Mauriac ou que Gide. Ils n’étaient ni les uns ni les autres des esprits scolaires. Maurois, si ! A Paris, rue d’Ulm, il aurait sans nul doute sagement travaillé et obtenu son agrégation. Mais il ne serait pas nécessairement, comme l’imagine Alain, parti ensuite à Aurillac pour y enseigner le latin aux classes de sixième. Ses capacités d’entregent lui auraient permis de sauter cette “étape” (pour parler comme Paul Bourget). Le succès lui était en tout état de cause promis mais il l’aurait obtenu bien plus tôt et de manière plus certaine qu’en escomptant, comme il fut réduit à le faire, une catastrophe européenne.

Les tempéraments forts, et Alain en était un à sa manière, n’ont que mépris pour les facilités et les nonchalances d’une existence d’homme de lettres professionnel, vouées aux “arts” et aux coteries. La réaction hostile d’Alain à l’endroit d’une telle manière de diriger sa vie, on la retrouve, de manière presque contemporaine, chez Claudel, désespéré d’apprendre que le jeune Jacques Rivière ambitionne d’entrer à la NRF. Car ce n’est pas là un “vrai métier”, et ce n’est pas formateur. Voici ce qu’il écrit à Gide avec sa verve habituelle :


“Ce pauvre Rivière m'écrit une lettre qui me remplit de terreur et de consternation. Il veut abandonner le professorat et se consacrer à la littérature. Je lui ai écrit aujourd'hui, un peu durement, mais s'il savait ce qu'il fait ! La figure hagarde des Verlaine, des Villiers, et autres épaves est toujours resté gravée pour moi dans mon esprit en traits ineffaçables.

Vous qui avez un si grand ascendant sur ce jeune homme, tâchez de lui mettre un peu de plomb dans la tête et de lui faire voir dans sa réalité le métier qu'il veut faire et qui est indigne d'un honnête homme. Quand on veut faire du journalisme, il faut que ce soit sous un drapeau et le sabre à la main, comme un Veuillot, qui est pour moi le type du héros. Mais vendre ses impressions littéraires, écrire des “trottoirs-roulants”, faire des préfaces à des livres d'art, tout cela pour une misérable rétribution et pour le plaisir d'un public de gens occupés qui vous lit avec mépris, est-ce vraiment de quoi remplir dignement une vie d'homme ? Y a-t-il besoin d'un autre Mauclair ?

Rivière a les plus belles qualités, ses dernières notes dans votre revue indiquent la plus belle intelligence, mais il lui manque ce que les Anglais appellent le “grip”, la volonté, l'acharnement” (Paul Claudel à André Gide, 2 février 1910 ; Correspondance 1899-1926 ; Gallimard, 1949, p. 118).


En fait, Jacques Rivière a eu bien raison de ne pas écouter Claudel. Il n’avait peut-être pas beaucoup de “grip”, mais plus que Maurois en tout cas, car lui au moins a su résister aux conseils pas toujours pertinents et désintéressés de ses aînés. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour l’autre. Du “grip”, Claudel en regorgeait. Sa puissante santé mentale et physique lui permit de mener de front une carrière active de diplomate (certes boudeur et peu mondain) et une oeuvre littéraire abondante et géniale ; le seul prix pour lui ayant été de devoir composer aux aurores, assis tous les jours devant sa table à 5 heures du matin.

Mais Maurois n’était pas conformé ainsi ni Rivière. Tous deux se savaient façonnés, voire usinés, à la manière des composants d’une machine, des rouages d’une mécanique, que ce fût celle d’une entreprise industrielle ou d’une revue littéraire. Pour qu’ils s’en délivrent, qu’ils se désinsèrent, il ne leur fallait pas moins que de puissants cataclysmes, des fracas, des bombardements :

“La guerre m'a démontré que les empires peuvent, sous la pression de la violence, s'écrouler en quelques jours comme tombent, en quelques secondes, par les secousses d'un tremblement de terre, les plus nobles édifices d'une grande ville, et que la chute d'un Etat peut ensevelir, sous les décombres des lois, les fortunes et les plus massives et les foyers les plus heureux. Certes, j'étais résolu à rentrer à Elbeuf et à reprendre le collier, mais j'allais le faire sans ardeur, sans conscience. J'avais perdu cette foi-là. J'avais trop vu qu'il existait un monde plus vaste. Je ne croyais plus à la solidité durable de la machine dont j'étais un organe, et déjà tout au fond de mon cœur, sans le formuler encore en mots précis, je formais le projet, quatre ans plus tôt inconcevable, de quitter mon usine, ma ville, ma province, et d'aller rebâtir ailleurs, sur un plan nouveau, une vie que la guerre avait semée de ruines” (A. Maurois : Mémoires ; Flammarion, 1970, p. 136).


Maurois ne fait jamais rien brutalement. Il n’a pas claqué la porte de son usine. Il s’en est échappé tout doucement et en faisant en sorte de ne se fâcher avec personne. Mais, enfin, il y est arrivé et dix ans plus tard, le voici enfin romancier, biographe, professeur, conférencier ! De ces activités qui toutes alors lui réussirent et le comblèrent, ne survit aujourd’hui que celle de biographe. Alain, persistant à jouer auprès de son ancien élève le rôle d’un mauvais génie, lui déconseilla d’écrire des biographies. Il préférait à celles-ci les petits romans d’adultère bourgeois comme notamment “Climats”, “le Cercle de Famille”, qui, aujourd’hui oubliés, gentiment désuets, garnissent les boîtes des bouquinistes. Maurois, que plus personne ne prend au sérieux comme romancier, a du coup raté la consécration d’être édité en Pléiade. Pas Alain qui, lui l’est toujours pour ses propos de café du Commerce et ses jeux sophistiques sur les Arts ou les Idées. Eh oui, la vie est parfois injuste !



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