"La santé bouge, la maladie ne bouge pas" (C. Du Bos)


Le malentendu fondamental, permanent, inévitable autour de la souffrance physique, c'est que le bien portant invite toujours le malade à la transcender, et qu'elle est essentiellement ce qui, en deçà de la sainteté, ne peut pas être transcendé. Peut-être faudrait-il dire : la santé bouge, la maladie ne bouge pas. Il y a dans la santé un mouvement, un dynamisme qui lui demeure imperceptible, et qui doit lui demeurer imperceptible puisque le propre de la santé est de ne jamais sentir son corps, mais qui n’en fonctionne pas moins à chaque seconde avec une régularité impeccable, et qui la maintient ainsi en une sorte de changement perpétuel qui volatilise délicatement la pesanteur du temps qui passe. La maladie, elle, est le règne du statique, de l'immobilité. Non certes qu'elle ne soit la proie de tempêtes aussi terribles que les pires qui soulèvent la mer, mais chez elle ces tempêtes figurent les crises aiguës qui le plus souvent - pas toujours cependant - se dénouent par la guérison ou par la mort. Bien plus qu'une crise ou même une succession de crises, la maladie est un état, un état qui dure, qui dure indéfiniment, qui dure immobile (C. du Bos : Approximations ; Editions Corréa, 1937, p. 402).


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