Propos de comptoir 3


La Stryge : Tiens, les voici revenus ! Et bien échauffés... Cela se comprend : Nicias et Admète écoutent Alain Finkielkraut tous les samedis matin...

Nicias : - Alors que Finkielkraut retournait chez, dans le quartier où il habite, des manifestants venus d'on ne sait d'où lui ont lancé absurdement : "On est chez nous !" alors que c'est Alain Finkielkraut qui était chez lui ! Cela m'a rappelé une manifestation de Gilets jaunes Place de la République début février, lors d'un ""acte jaune" dont je ne me souviens plus du millésime. Il y avait des barbus, revêtus du seyant gilet fluorescent, pratiquer la "sectionnalité" des luttes en collant des affichettes du même jaune éclatant et dénonçant les crimes de l'entité sioniste. Ils auraient pu dire de l'Etat juif, puisqu'il s'appelle comme ça.

Une mésaventure semblable est déjà arrivée à Finkielkraut, l'antisémitisme en moins tout de même, lorsqu'il s'était rendu par curiosité intellectuelle à "Nuit debout". Avait ainsi été démontrée par l'absurde la valeur toute relative de la démocratie dite participative qu’en avaient ses promoteurs, puisqu’ils en limitaient l'usage à ceux qui expriment une opinion jugée conforme. Du coup voilà Alain Finkielkraut considéré, par un sbire de "la France insoumise", comme un récidiviste qui "l'a bien cherché".

Dans le cas récent, l'ironie est bien présente, s'agissant d'un mouvement qui avait au départ toute la sympathie d’Alain Finkielkraut. Ne se présentait-il pas en effet sous des dehors de résistance à la modernité et à la mondialisation, supposées mères de tous nos maux et ravageuses de l'identité et de l'authenticité ? D'autant que Finkielkraut est bien plus conséquent ou jusqueboutiste que les Gilets jaunes eux-mêmes puisqu’il refuse toute modernité, y compris celle des réseaux sociaux abondamment utilisés par ce mouvement. Une telle duplicité de convictions et de moyens ne semble pas les troubler.

La question que l'on peut se poser à propos de ces manifestations d'antisémitisme, abritées à différentes reprises par le mouvement des Gilets jaunes, est de savoir s'il s'agit de cas épisodiques et isolés. Est-ce un effet de la contagion islamo-gauchiste dans un mouvement protéiforme qui peut abriter tout et son contraire, ou bien cela révèle-t-il un certain aspect de son identité ? Mélanchon et ses insoumis n'ont pas vraiment réussi à mettre la main jusque là sur le mouvement des Gilets jaunes qui est socialement à la base un mouvement plutôt de droite, petits indépendants et salariés non fonctionnaires, obstinément protéiforme, sans direction ni tête, celles qui émergent étant aussitôt coupées. Raison pour laquelle on peut s'interroger sur son avenir et sur sa capacité de nuisance.

Zemmour a noté que l'islam des quartiers se garde à bonne distance du mouvement des Gilets jaunes. On a affaire à deux types de populations qui se regardent en chien de faïence, séparées qu'elles sont par leur mode de vie, l'habitat, la religion, l'identité, les valeurs, etc. Cela fait beaucoup d’obstacles pour organiser une "convergence des luttes". Et je pense que Zemmour a raison sous cet aspect. De ce point de vue, l'agression dont a fait l'objet Alain Finkielkraut, qui est en partie une expression de cet islamo-gauchisme opportuniste à la recherche de luttes, ne serait pas représentative du mouvement dans son ensemble.

De quoi les Gilets jaunes sont-ils aujourd'hui le nom ? Comme le notait Luc Ferry sur Radio-classique, on est passé d'un large mouvement qui recueillait la sympathie d'une majorité de français, et d'Alain Finkielkraut lui-même, à une poignée d'irréductibles : moins de 0,1% des français pour les manifestants si je calcule bien. Ce qui pourrait bien en changer la nature et les revendications. Or - et cela peut concerner le "canal historique" des Gilets jaunes - le discours anti-élite, la critique tous azimuts de la mondialisation, le sentiment de se voir relégué dans des zones géographiques délaissées, ne demandent qu'à trouver des coupables. Ces éléments se prêtent au développement d'une logique de bouc-émissaire. Les juifs réputés cosmopolites ont eu à en faire les frais bien souvent. Et aujourd'hui cela les désigne comme une cible idéale. Les propos complotistes, qui les visent de manière à peine voilée dans la bouche de plusieurs leaders auto-proclamés des Gilets jaunes, rejoignent l'imaginaire des 200 familles. Il y a là de quoi satisfaire l'aile gauche mélanchoniste du mouvement.

Pour me résumer, il me semble que le nouvel antisémitisme islamique - nouveau en France mais pas dans les pays de tradition islamique - trouve un large écho dans la gauche comme dans le mouvement des Gilets jaunes.


Admète : - Je ne pense pas que ce soit absurde, de la part du manifestant barbu, d'avoir, en montrant son keffieh, crié : "On est chez nous !" Finkielkraut y a vu - tout en l’exprimant prudemment car sinon la presse aurait hurlé - un cri de ralliement et de victoire. Le gars se voit comme un bénéficiaire du "Grand Remplacement". Il ne clame pas qu'il s'estime chez lui rue Campagne-Première mais qu’il est chez lui en France. Aux autres - que les Indigénistes leur trouvent un nom ! - d’en tenir compte et de filer doux. Yassine Belatar ne dit pas autre chose. Lui aussi pense que Finkielkraut est un "raciste", un "sioniste", un "antisémite". Mais, à la différence de ce manifestant, il n'a pas besoin de hurler ces insultes dans une rue ; il le fait bien tranquillement sur son compte Twitter et sur des plateaux de télévision dès qu'on l'y invite ; et on le fait assez souvent.

Que des imbéciles hurlent des imbécillités, on ne pourra jamais faire totalement l'empêcher. Ce qui est plus inquiétant, c'est que ces mêmes insultes soient relayées et partagées par de grands personnages : Aude Lancelin, qui dirige un organe de presse, Yassine Belatar, membre du Conseil présidentiel des villes et dont Emmanuel Macron goûte fort, paraît-il, les conseils et la conversation, Rockaya Diallo qui a failli être nommé au Conseil national du numérique, J.P. Mignard, ancien président d'un Conseil d'éthique, ainsi qu’une bonne partie des cadres de la France insoumise, Thomas Guénolé, Danièle Obono, Taha Bouhafs, etc...

Sur Twitter et les chaînes d'information, ce n'est pas mieux : Finkielkraut y a reçu un grand nombre de soutiens bien douteux. Beaucoup d’entre eux se sont certes désolidarisés des manifestants concernés, mais pourquoi ? Principalement parce que ceux-ci se sont montrés grossiers et maladroits. Non sur le fond car, là dessus, ils pensent de même ; ils ne trouvent pas de qualificatifs assez durs pour qualifier les idées de la personne qu'il prétendent soutenir : forcément "nauséabondes", "haineuses", etc. Ils trouvent là une occasion nouvelle et opportune de manifester à Finkielkraut une hostilité qui ne cesse d’être virulente.

Alors, je n'irai certainement pas manifester aux côtés de tous ces gens-là. Parce qu'ils ne manqueront pas l'occasion d'y venir à cette "marche", eux qui y ont invités, contrairement au RN, qui a été irréprochable en cette affaire comme sur toutes les autres mettant en cause des juifs. C'est que, eux, ils arborent le badge "gauche humaniste et progressiste", lequel permet tout et excuse tout.

J'observe également que les esprits les plus opposés, en ce moment, puisent dans le même arsenal d'insultes et d'adjectifs disqualifiants venus de la gauche : l'ennemi est forcément "raciste" et respire "la haine". Tandis que l'insulte de "sale juif" est restée inaudible. Elle disqualifie celui qui la profère et il vaut mieux ne pas l’employer.

Concernant les Gilets jaunes, je ne me hasarderai pas à définir leur "identité profonde". Ils restent plus que jamais un conglomérat informe auquel s'agrège n'importe qui, dans lequel on entre et dont on sort librement. La thèse de Nicias a été développée à peu près dans les mêmes termes par Raphaël Enthoven dans l'émission de Cyril Hanouna. Jérôme Rodriguès participait également à ce débat, le Gilet jaune barbu et éborgné... Il a répondu à Enthoven qu'il ne se reconnaissait pas dans le portrait qu’il traçait et la discussion en est restée là. Sur Twitter, Enthoven bataille quotidiennement avec des adversaires autrement coriaces. Un des manifestants qui insultaient Finkielkraut est un islamiste connu pour tel, l'autre est un proche d'Alain Soral. Ce ne sont pas des nouveaux-nés du mois de novembre 2018 et ils continueront leur combat bien après que les gilets jaunes auront été remisés dans le coffre des voitures.


Nicias : - J'espère que tu as perçu la légère ironie qu'il y avait dans mon propos. Le barbu évoqué ne prétendait sans doute pas, en proclamant "on est chez nous", emménager rue Campagne-Première, encore que ... Je souhaitais simplement souligner le cocasse de la situation si on la prenait au sens littéral : la naïveté feinte a parfois une intention et une vertu démonstrative !

Par ailleurs, le fait d'obtenir une réponse négative lorsqu'on demande à un gilet jaune si il se reconnaît dans le portrait de l'antisémite me semble faiblement crédible. Autant lui demander directement s’il pense "respirer la haine".

Par contre les propos complotistes de Drouet, ou du roux à la casquette à l'envers, sont une réalité, dont l'avantage est qu'elle est beaucoup plus légitime (du moins pour le public qui y porte crédit), facilement avouables, et donc assumable. Si ces "imbéciles qui disent des imbécilités" n'avaient aucune audience, on pourrait peut-être minimiser en ramenant cela à quelques cas marginaux, mais tel n'est pas le cas. Et encore une fois, je ne parle pas des islamiste et autres islamo-gauchistes patentés et dûment identifiés auxquels Alain Finkielkraut a eu plutôt à faire.

Alors, s'agissant des Gilets jaunes eux-mêmes censés se réclamer de leur identité, qu'ils se laissent un jour pousser la barbe pour faire place au grand remplacement, cela peut paraître contre-intuitif. Mais après tout, certaines valeurs traditionnelles, à commencer par la famille, ne se retrouvent-telle pas dans les deux camps ? On l'a vu lors des défilés de la Manif pour tous. Et combien de djihadistes issus de bonnes familles traditionnelles, bien françaises, dans des villages périphériques à la Guilly de Normandie ou d'ailleurs ? Après tout, c'était la thèse de "Soumission" qui n'est pas absurde.


Admète : - il n‘y a pas de contradiction selon moi entre le fait de désigner l’ennemi “islamo-islamiste” et celui de combattre ou de contredire ceux qui collaborent avec lui.

Le problème, concernant les islamistes, c’est qu’ils échappent à notre prise. On ne peut combattre une religion qu’au moyen d’une autre religion. Pour ce qui est de la répression des crimes et délits, nous sommes bien obligés de faire confiance à la police et à la magistrature. Encore que cette dernière soit d’une cécité décourageante : les derniers coups de couteau en date, ceux de de Marseille, ont été considérés par le parquet comme relevant du droit commun et non du crime terroriste. Les 2 gamins de Sarcelles qui tiraient sur les personnes se rendant dans une synagogue ont été immédiatement disculpés de tout antisémitisme.

Les islamo-gauchistes, en revanche, nous avons une prise sur eux, modeste j’en conviens, mais tout de même : ce sont des journalistes dont nous pouvons ne plus acheter les journaux et à qui nous pouvons ne plus accorder aucun crédit ; ce sont des écrivains que nous pouvons cesser de lire et bannir de nos bibliothèques, des politiques pour qui nous pouvons ne plus voter, des collègues ou des connaissances que nous pouvons contredire. Ce sont des notables identifiables . Ils détiennent, de par leur statut social et intellectuel, la respectabilité, l’autorité, l’audience. Eux seuls sont à même de conférer une légitimité aux récriminations ou aux slogans des Islamistes, lesquels, sur le plan idéologique ou politique, ne sont rien ou pas grand-chose. Cet olibrius de Mulhouse, par exemple, qui a croisé par hasard la route de Finkielkraut, ce n’est pas lors d’un colloque ou d'un plateau TV que tous deux se seraient rencontrés. Le processus de soumission que décrit Houellebecq, il touche les élites intellectuelles, pas les prolos.

Il n’y a aucun intérêt à faire aux islamistes le cadeau que constituerait pour eux la force sociale des Gilets jaunes, à savoir ces 40 % de la population qui disent avoir de la “sympathie” pour eux. Seul le gouvernement peut trouver un intérêt conjoncturel et tactique à pratiquer un tel amalgame. Car son ennemi principal à lui, ce ne sont pas les musulmans - qui votent pour lui - mais les Gilets jaunes - qui, apparemment, sont bien décidés à ne plus le faire. Il y a peut-être un rapprochement possible entre les deux sur un plan idéologique ou sociologique : l’union des moins que rien des banlieues avec les pas-grand-chose de la périphérie, tous rassemblés contre les banques et les élites. Mais il faut absolument éviter qu’il se produise. Or théoriser l’existence de cette coagulation et la combattre comme si elle existait déjà, c’est déjà lui donner de la réalité, une forme, une identité. Tactiquement ce serait donc très maladroit ; il est vrai que, pour ce qui est de la maladresse, l’on peut faire confiance à Minc, BHL et consorts.

Dernièrement, j’ai exploré les comptes Twitter de Jérôme Rodriguès (que j’entends par ailleurs souvent sur les chaînes d’info), Maxime Nicolle, Priscilla Ludowski, Laetitia Dewalle (E. Drouet ne publie rien). Je n’y ai rien trouvé de bien alarmant en ce qui concerne les problématiques antisémites. Mais il faut en excepter le cas de Maxime Nicolle, visiblement contaminé par Alain Soral. Les messages écrits restent confinés dans une petite bulle activiste : appels à tel ou tel rassemblement, slogans anti-Macron, protestations contre les “violences policières”, etc. Il n’y est pratiquement pas question d’autre chose. Laetitia Dewalle, qui est une petite pigiste accédant à la célébrité, est la seule “intellectuelle” du groupe. Elle barbote dans une mouvance d’extrême-gauche et retweete Aude Lancelin, tout comme le fait aussi M. Nicolle. Edwy Plénel, Daniel Schneidermann sont également utilisés, surtout quand ils se font critiques des autres médias. Je n’ai observé aucun lien avec cette fameuse “extrême-droite” identitaire que la presse “mainstream” guette pourtant avec tant de vigilance et de gourmandise.

Sur le plan idéologique, il me semble donc que les Gilets jaunes campent, à la manière des zadistes, sur un terrain en friche. Le mieux est de les y laisser et de leur apprendre à y faire pousser des tomates. Ils en partiront quand ils en auront marre.


Nicias : - Sur une possible évolution antisémite des Gilets jaunes, j’évoquais des hypothèses de travail. J’avais mis le point d’interrogation. Mais j’accepte l’augure d’Admète qui scrute avec plus d’attention que moi ce mouvement sous ses dehors plutôt protéiformes.


Evandre : - Il sera intéressant, quand tout cela sera retombé, de tirer un premier bilan raisonné ce que ce mouvement des Gilets jaunes aura véritablement apporté au pays mais aussi de ses dégâts dans les esprits et la communauté nationale, peut-être irréversibles ou, en tout cas, qui seront très longs à cicatriser... A froid et dans une atmosphère qu'on espère enfin dépassionnée !

Pour ma part, je sens poindre davantage une régression considérable qu'une progression de notre cher vieux pays .

Quant à l'agression verbale d'Alain Finkielkraut - mais il aurait pu se faire passer à tabac - elle est évidemment inacceptable .

Faut-il pourtant ce battage démesuré : belle indignation de la classe politique unanime. Beaucoup d'hypocrites quand même, dans cette posture obligée… marche contre l'antisémitisme, tapage médiatique. Le Figaro aligne chroniques sur chroniques, Le Monde idem, etc.

La France n'est pas "devenue antisémite" soudainement, au vu des statistiques d'actes antisémites et de l'affaire Alain Finkielkraut : il y a toujours eu ce vieux fond tenace dans la population dite autochtone. C'est comme ça.

A noter que pas mal de Français juifs partis en Israël en sont déjà revenus, désenchantés .

Enfin, une remarque sur cette question du sionisme : je suis intervenu plusieurs fois sur des articles du Figaro et en particulier la récente chronique de Wolton faisant l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme, comme aussi sur l’initiative irréfléchie de quelques députés LREM, qui voudraient que l'antisionisme devienne un délit !

Le sionisme, à ma connaissance, est une doctrine politique et une idéologie : il peut donc être critiqué, comme d'autres idéologies.

Par ailleurs, si je trouve satisfaisant et juste que les juifs aient pu trouver leur Foyer national et créer Israël, j’entends rester libre de critiquer et désapprouver, de façon argumentée, les politiques de certains gouvernants israëliens, si elles me semblent contestables, injustes ou dangereuses .

En émettant ces réserves, est-ce que je deviens un “antisioniste" et donc un antisémite" ? Nullement, évidemment.


Nicias : - Oui mais personne ne te demande d'endosser le sionisme pour prouver ton éthique irréprochable sur le plan de l'antisémitisme. Je n'ai pas abordé la question d'Israël (car cela nous emmènerait beaucoup trop loin, même si je suis largement en désaccord avec toi sur la question apparemment). En important cette question dans le sujet de l'antisémitisme, tu te conformes, (sans doute inconsciemment, je veux le croire) exactement au raisonnement islamiste consistant à dire que tous les juifs, en tant que juifs, sont responsables du malheur des palestiniens. Mais en quoi des français juifs, et même si ils sont bien souvent viscéralement attachés à l'existence de l'état d'Israël, sont-ils responsables de sa politique ? Que vient faire ici cette histoire de sionisme et d'Israël ? Et n'y a-t-il pas en Israël même, qui je le souligne au passage est tout de même la seule démocratie existante au Proche-Orient, des israéliens (palestiniens mais aussi juifs) opposés à la colonisation des territoires occupés ? Alors il faut faire bien attention, car une fois que les prémisses posées par les pro-palestiniens sont admises, bien entendu sous strict couvert d'un juste antisionisme, le reste en découle naturellement. Et que tu le veuilles ou non, l'anti-sionisme devient rapidement un autre nom de l'antisémitisme.

Par ailleurs, je crois qu'en minimisant le développement actuel de l'antisémitisme, ou en le banalisant une fois ramené à quelque chose d'ancien et de bien connu, tu te trompes complètement sur sa nature. Ne pas voir que ce développement n'est plus du tout celui de l'antisémitisme "à la papa" présent autrefois dans l'église catholique ou sous Vichy, mais celui qui, existant traditionnellement dans les pays musulmans (Bensoussan explique très bien cela), est actuellement importé par l'immigration des populations musulmane (le grand remplacement pour faire plaisir à Admète), c'est être comme la synagogue aux yeux bandés de la cathédrale de Reims. Quant aux islamo-gauchistes, gangrenés par la culture victimaire, ils ne sont que les supplétifs idiots et utiles des islamo-islamistes, dont ils seront tôt ou tard aussi les victimes. Contrairement à Admète, je crois plus d'actualité de dénoncer l’islamisme plutôt que ses supports gauchistes, même si cela s'avère aussi nécessaire. Question de priorité et de moyens, même si je n'ignore pas que la stratégie frériste de la taqiya consistant à avancer masqué oblige aussi à élargir le cercle au delà des barbus en Qamis.


Admète : - Je suis d'accord avec ce qu’a dit Nicias sur le visage actuel de l'antisémitisme et le masque antisioniste sous lequel il se dissimule.

Evandre évoque un antisémitisme de grand-papa. Il est aujourd'hui résiduel comme tout ce qui provient d'un passé d’avant-guerre qui s'éloigne. Il est condamné et pourchassé sans relâche par la presse bien-pensante et ne représente pour l'intégrité physique des Juifs de 2019 qu’une insignifiante menace. Sur Radio-Courtoisie, sévit, il est vrai, un obscur avocaillon qui s'efforce de démontrer que Dreyfus était bien coupable. Il ne deviendra réellement dangereux que si ses thèses sont relayées par l'équipe Soral-Dieudonné et par les Islamistes, comme cela s'était passé pour Faurisson. Tant qu'il reste confiné sur Radio-Courtoisie, lui et tout ce qu’il peut dire n'ont pas beaucoup d'importance.

Encore qu’un tel fait était inimaginable il y a 30 ans : dans Le Chagrin et la Pitié, on entendait chevroter un vieil hobereau anti-dreyfusard et il faisait rire ; en 2019, l'avocat auquel je pense a une trentaine d'années et il s'exprime sur un ton assuré.

Ces petits blocs d’antisémitisme indigène, en voie d’érosion ont en tout cas été presque entièrement recouverts par la grande vague de l’antisémitisme musulman. Celui-ci a l’avantage, sur notre petit antisémitisme à nous, de l’ancienneté, du nombre, du dynamisme démographique et de la foi religieuse. Et la force de cette marée montante est telle que ce ne sont pas des bougies ni des ours en peluche qui la stopperont.

S’agissant de la querelle sionisme/antisionisme, on pouvait considérer, du temps de Theodor Herzl, qu’elle relevait de la dispute idéologique ou doctrinale. Cela n’est plus le cas depuis que le sionisme s’est réalisé, qu’il n’est plus seulement une idéologie, qu’il s’est incarné dans une nation existante et dans tous les gens qui y vivent. Remettre en cause l’existence de cette nation est un acte de guerre, dirigé globalement contre tous ses habitants, et cette guerre, qui dure depuis 1948, fait régulièrement des victimes. Pas seulement en Israël et dans cette petite poche de folie collective qu’est devenue Gaza. Et pas seulement non plus sous la forme de tags sur deux boîtes à lettres. L’hostilité des “antisionistes” à Israël ne se réduit pas à la “critique légitime qui doit pouvoir s’exercer contre la politique du gouvernement Netanyahou”. Les antisionistes ne désarment jamais et ne le feront jamais, quelle que soit la couleur politique des gouvernements israéliens qui se succèdent. Parmi ces critiques, d'ailleurs qui comprend quoique ce soit à la politique israélienne ? Finkielkraut, s’il vivait en Israël, y appartiendrait à la gauche pacifiste. Cela ne l’empêche pas d’être haï et insulté.


Evandre : - Emettre des critiques argumentées ne revient pas à remettre en cause l'existence de ce pays, qui est la seule authentique démocratie de la région, effectivement, et pas davantage à se ranger dans le camp des palestiniens, dont les errances, la mauvaise foi et l'absence de vision à long terme des dirigeants sont tout aussi criantes.


Nicias : - Je vois donc qu’il est difficile de ne pas déborder sur Israël. Il n’y a pas de tabou ni de police de la pensée sur ce sujet, mais c’est un autre débat qui nous prendrait du temps. On peut l’ouvrir si Evandre le souhaite. Mais enfin le fait qu’il refuse de voir que le discours antisioniste, ou plus exactement contre ce qui est qualifié de sionisme et qui englobe jusqu’à l’existence d’Israël, soit actuellement essentiellement une arme dans la main des islamistes et un vecteur de l’antisémitisme en France et partout dans le monde, ne cesse de m’étonner.


Evandre : - Si j'ai abordé l'affaire de l'antisionisme, c’est parce que plusieurs articles récents du Figaro (dont la chronique de Thierry Wolton) l'assimilaient justement, explicitement et lourdement, à l'antisémitisme et pratiquaient l'amalgame.

Ce qui me semble intellectuellement malhonnête.

L'antisionisme, militant ou pas, n'est absolument pas ma tasse de thé, mais il serait incroyable que cela devienne un délit d'opinion.


Admète : - Je ne suis pas non plus favorable à une modification du code pénal qui ferait de l’antisionisme un délit. Il serait déjà bien que l'on applique les textes existants, ce qui n'est pas toujours le cas quand l'incrimination vise des milieux musulmans plutôt que la bonne vieille "extrême-droite".

La qualification d'antisémite ou "en rapport avec la race et la religion" des injures - "sioniste", "haineux" "raciste" - proférées par le devenu fameux Benjamin W. est d'ailleurs loin d'être évidente. Elles n'auraient pas été qualifiées ainsi si elles avaient été proférées à l'encontre de Pascal Bruckner alors qu'il les aurait méritées tout autant. Les injures proférées à l'encontre de Finkielkraut lors de "Nuit debout" n'avaient pas été du tout poursuivies, alors qu'elles étaient de même nature et de même intensité.

Il est tout de même paradoxal d'en arriver à ce que le cri de "raciste !", lancée par un blanc à un autre blanc, soit considéré comme une injure elle-même "raciste". Il en est de même de "haineux !" lancée à un passant bien paisible, alors que cette fameuse "haine" n'est présente que dans la bouche de celui qui prétend la pourfendre. Et que dire de l'insulte "antisémite" lancée à un juif ? La confusion des termes et des notions est devenue telle qu'il paraît sans espoir de vouloir leur donner une signification juridique précise et ne prêtant pas à mille contestations. Renaud Camus raconte qu'un jour qu'il devisait tranquillement dans la rue en compagnie de Finkielkraut, un passant les reconnaissant s'est exclamé, le visage plein de haine : "Quel concentré de haine je vois là !"


Nicias : - Sur l’islamo-gauchisme, il y a une interview de Pascal Bruckner dans Le Figaro qui fait bien la synthèse.


Evandre : - Il y a bien évidemment un antisionisme islamiste, virulent voire obsessionnel, et même simplement chez le musulman ordinaire, en France et dans tout le Moyen-Orient, qui veut, en fait, la disparition pure et simple d'Israël et l'exil de ses habitants. Je te rassure : je suis parfaitement au courant et je le condamne très fermement.

Mais il est vrai que mes propos sur l'antisionisme se plaçaient, eux, sur le plan des principes et de la liberté d'expression, à laquelle je suis très attaché, et qui, en France, subit déjà des limitations par la loi à mon avis excessives, inconnues, en tout cas, dans d'autres pays occidentaux, les USA, par exemple.

Les barbus ne m'obsèdent pas. Peut-être est-ce une erreur !

Je pense que, tous deux, vous surestimez considérablement le danger de l'islamisation et du “grand remplacement" (souvent évoqué par le site F de souche, que je connais bien), qui me semble plus un fantasme qu'une réalité menaçante .

Sans doute est-ce dû, principalement, au fait que vous habitez Paris et êtes donc au contact de ces populations et des migrants, contrairement à moi, dans ma paisible campagne, qui ne les vois jamais ...

On a l'idéologie de son territoire, c'est bien connu.

Et le texte de Bruckner, dans le Figaro, auquel Nicias se réfère ne me semble pas un modèle d'équilibre dans l'analyse et l'expression. C'est surtout très polémique et militant…

Je remarque enfin que Nicias ne réponds pas sur une éventuelle interdiction et répression, par la loi, des propos antisionistes.


Nicias : - Pour répondre à la question, je ne pense pas que l’interdiction d’expression par la loi soit une bonne voie. Ceci étant il faut réfléchir à certaines limites avec les réseaux sociaux utilisés comme des outils de propagande par les réseaux islamistes. Le recrutement djihadiste se fait essentiellement par cette voie plus que par les mosquées. Tu sais bien, Evandre, que de toutes façons la liberté d’expression n’est pas absolue quand il y a diffamation, appel à la haine ou au meurtre, etc. La question de l’utilisation des moyens de la démocratie et du respect des droits de l’homme à des fins qui visent à les supprimer est une question sérieuse. Et je pense effectivement qu’il n’y a pas de liberté à accorder aux ennemis de la liberté qui veulent s’en servir pour la détruire. Je ne sais pas si l’article de Bruckner est déséquilibré, mais ton appréciation suppose une notion d’équilibre qui dénote en effet elle-même une certaine indifférence à la question dont il traite. Et je crois en effet que c’est une erreur car si tu ne t’occupes pas d’elle, sois certain qu’elle s’occupera un jour de toi.


Evandre : - Tu sembles soupçonner - ce n’est pas bien, ça ! - à partir de ma remarque sur l'article de Bruckner, un manque d'intérêt pour le sujet de la menace islamique : en fait, ce sont surtout les formules à la hache et le style outrancièrement polémique, et donc simplificateur, qui me déplaisent.


Admète : Il est vrai que Houria Bouteljda, Tarik Ramadan et Alain Soral sont complètement grillés sur les médias. Edwin Plénel aurait dû l'être également s'il n'avait été adoubé par Macron comme un interlocuteur parfaitement intéressant. En revanche, Yassine Belatar et Rockaya Diallo sont régulièrement invités. Aurélien Taché et Sonia Krimi représentent la même tendance et ils sont députés En Marche. La logorrhée islamiste prospère sur les réseaux sociaux, notamment Twitter et You Tube. Zineb El Razhoui y est aspergée par un torrent de boue et de menaces absolument effarant. Je peux en juger car je suis abonné à son compte Twitter. Elle doit sortir de chez elle protégée par la police.

Personne ne s'en préoccupe car seules semble-t-il, les vidéos suscitent l'émotion générale. La dernière mésaventure de Finkielkraut a tourné en boucle pendant 3 jours pleins sur les chaînes d'information, ça en devenait lancinant. Sa médiatisation extrême fait en sorte que maintenant Alain Finkielkraut ne pourra plus se promener nulle part sans être reconnu. et on finira par le doter lui aussi d'une escorte policière. Eric Zemmour et Elisabeth Lévy font l'objet de la même vindicte. Tous sont déjà la cible d'agressions verbales continuelles. Les agressions physiques, les menaces d'assassinat ne sont pas loin.

Les islamistes sont des ennemis, au moins c'est clair. Ce ne sont pas les premiers ni les derniers que la France et l'Europe auront eu et de ce point-de-vue leur stratégie est cohérente. Elle est menée courageusement et résolument. Mais je ne comprends pas la mollesse ou l'inexistence de notre riposte à nous. Sur les chaînes d'information continue, sur les radios de service public, c'est un concours général de déni, de veulerie, d'aveuglement et d'indifférence. En général, sur 4 ou 5 intervenants, un seul est chargé contre tous les autres de représenter le camp des opposants. En général, c'est quelqu’un du Figaro, voire de Valeurs actuelles ou de l’Incorrect. Ainsi, plus on est à droite, plus on défend les juifs ! Et c’est à ce moment-là que CNews donne comme sujet de conversation à ses invités : "L'antisémitisme est-il dans l'ADN de l'extrême droite ?" Mais, enfin, quand les yeux des journalistes s'ouvriront-ils ? Quand se documenteront-ils sérieusement sur l'Islam, les racines de gauche de l'antisémitisme ?


Evandre : - Je ne connais pas tous les noms que cite Admète et, Dieu merci, je ne suis pas inscrit sur Twitter : j'ai déjà les torrents de sottises et d'allusions antisémites des réactions des lecteurs sur le site du Figaro, que, curieusement, la modération laisse souvent passer, débordée, sans doute, par le nombre d'intervenants ? Exemple récent d'un dérapage caractérisé - énorme - de lecteur sous pseudo : "Pas de fumée sans juif. Il faudrait se demander pourquoi les juifs sont persécutés depuis 2000 ans. "

Idem sur le site du Monde, où on lit des choses énormes et où j'interviens très peu, car il y a maintenant trop d'écart idéologique avec mes perceptions et ce serait s'énerver beaucoup pour pas grand chose …

Je suis tout à fait d'accord sur la dégradation rapide du climat, la montée de l'intolérance, les personnalités menacées.

Mais il me semble que l'antisémitisme haineux dissimulé sous l'antisionisme de l'islam fondamentaliste implanté en France n'est qu'un des aspects de ce qui doit nous inquiéter dans ce mouvement.

Certes, les islamistes aimeraient faire retraverser la Méditerranée aux Israëliens.

Mais les "barbus" rêvent tout autant d'imposer leur religion et de faire fermer, à terme, nos églises, ici-même, sur notre sol.

Et puis ils aimeraient, auparavant, imposer, progressivement, leurs moeurs, leurs coutumes, leurs interdits, leur code juridique, leur vision de ce qui est pur et impur, des femmes soumises, etc. Dans les quartiers qu'ils dominent déjà puis ailleurs.

Et là, j'aimerais bien savoir ce que vous proposez : des Marches ?

Nicias dit, en substance, qu'il faut s'en occuper sinon le problème va s'occuper de moi, de nous. Oui, très bien, mais comment ? Avec qui ? Où sont les troupes, les leaders ?


Nicias : - Excuse-moi, mais tu m'a donné quelques verges pour te faire battre en affirmant que tu n'étais pas obsédé par les barbus.

J'avoue humblement qu'après tous les attentats islamistes qui ont fait plus d'une centaine de morts en France et dans d’autres pays, j'ai la faiblesse de penser que le sujet revêt une certaine importance pour l'avenir. Je suis bien entendu d'accord que l'enjeu pour nous concerne le maintien de notre culture et de notre mode de vie, lequel comporte plus d'églises que de synagogues. Raison de plus pour laisser de côté la question d'Israël et de la Palestine. La logique de conquête de l'islam est la même dans les deux cas, mais les israéliens à la différence des français ont très bien compris l'enjeu qui se jouait et s'en occupent très bien de leur côté. Laissons-les donc le traiter sans interférer au nom de principes instrumentalisés par les islamistes du Hamas. Je ferai simplement remarquer au sujet de l'expansion de l'antisémitisme dans notre pays, qu'il s'agit de faire front à la même volonté de conquête et de soumission de la part de l'islam que celle manifestée vis à vis des chrétiens en Orient, et demain ici même, voire aujourd'hui dans certains "quartiers". Raison pour laquelle je te conseille effectivement vivement de t'y intéresser, à supposer que tu ne le soit pas déjà bien entendu. La concurrence victimaire style "cour de récré" consistant à dire comme je le lis parfois qu'on en fait trop sur l'histoire de l'antisémitisme et pas assez pour les chrétiens est, excuse-moi car je crois que c'était un peu ta pensée, assez idiot. Diviser pour régner est un très vieux principe de gouvernement, mais ne faisons pas ce cadeau à l'adversaire.

Je ne sais plus qui prenait, s'agissant de l'antisémitisme, l'image de la lampe de mineur qui au fond de la galerie de mine s'éteint en présence de méthane annonciatrice du coup de grisou. Aujourd'hui les juifs, demain les chrétiens, etc. Tous étaient, de toute façon, et au nom des mêmes principes, également ramenés au rang de " dhimmi " dans les pays d'Islam, la vision du monde islamique reposant sur la division entre "terres d'Islam" et "terres de conquête".

Alors comment s'y intéresser ? Et bien tout d'abord en ne minimisant pas systématiquement la réalité en refusant de voir - je ne dis même pas de dire - ce que l'on voit. Oui, la force de l'Islam repose sur la religion, et le combat est donc d'abord idéologique. La vision pessimiste est celle d’Admète qui considère qu'on ne peut opposer qu'une religion à une religion.


Admète : - Je ne suis pas pessimiste : l’espérance est une vertu théologale !


Nicias : - Si tel est l‘enjeu, et dans le contexte de sécularisation qui est le nôtre, nous serions mal barrés à court terme. Mais comme je suis moins traditionaliste qu’Admète et plutôt disciple de Kant, des lumières, etc., je fais encore un peu confiance à une certaine rationalité de la nature humaine qui résiderait dans sa capacité à ne pas systématiquement courir vers le précipice et se suicider collectivement. Mais à condition bien sûr de dire les choses telles qu'on les voit, et donc faire preuve d'un peu de courage intellectuel. Tout le contraire du discours de la gauche depuis ... 50 ans, et aujourd'hui de l'islamo-gauchisme. De ce point de vue, je trouve qu’Alain Finkielkraut est assez irréprochable, mais peu importe. Lorsque je vois l'hégémonie intellectuelle de la gauche depuis tant d'années, qui a consacré systématiquement toute son énergie à mettre sous le tapis tous les sujets qui fâchent au nom d'une idéologie complètement dépassée par la réalité, et lorsque je vois d'autre part l'affirmation depuis quelques années d'une idéologie de droite (appelons là ainsi, il n'y a pas de raison) qui commence à poser quelques questions intéressantes pour notre avenir en tant que nation, alors je me dis que tout espoir n'est pas perdu.

Je serais donc, en bon communiste gramscien - je plaisante - un pessimiste de l'analyse et un optimiste de la volonté.

Sur le sujet des forums, entièrement d'accord avec toi, Evandre. Je m'en écarte comme de la peste. Nous avons trop peu de temps pour le consacrer à la lecture d'imbécillités. Lorsque je m'y adonnais, il m'est arrivé d'y trouver quelques perles, mais c'était en général dans un tel flot de m... que j'ai vite abandonné.


Evandre : - Nous utilisons, dans nos échanges, des mots qui peuvent créer des malentendus et des incompréhensions, surtout sur de pareils sujets, d'où une certaine agressivité que j'ai relevée parfois.

Sur le sujet Israël : je suis le premier à admirer le courage de ce peuple qui a créé un Etat prospère et démocratique à partir de rien, mais ce n'est pas rendre service que de faire preuve de complaisance sur les aspects contestables de ses politiques.

En fait, on est quand même tout à fait d'accord sur le fond : la menace de la poussée de l'Islam qui pourrait, un jour, menacer notre religion, nos valeurs, notre mode de vie, bref, notre civilisation, si nous ne sommes pas vigilants, citoyens et gouvernants.

Il ne faut pas me prêter des arrière-pensées que je n'ai pas : je n'ai pas laissé entendre que le combat contre l'antisémitisme était secondaire. Il fait bien partie d'un ensemble menacé par le dynamisme conquérant de l'Islam.

Vous me permettrez, quand même, de trouver gonflante l'hystérie qui s'est emparée du monde politique et médiatique, depuis samedi, sur le péril antisémite : on en fait trop. Attention de ne pas nourrir ainsi, avec les meilleures intentions, le fond de méfiance que les Gilets jaunes ont exprimé très fortement, depuis des mois, face aux élites parisiennes, politiques et médiatiques.

Les outils de riposte face à l'Islam n'ont pas fait la preuve de leur efficacité, pour l'instant.

Sur la religion : les voix autorisées, côté hiérarchie catholique, semblent toujours privilégier la prudence et le dialogue avec l'Islam, comme le montre le récent voyage de François au Moyen-Orient.

D'autre part, notre religion est incontestablement affaiblie par la baisse continue de la pratique religieuse et des vocations, sans compter ses grandes difficultés à se purger des brebis galeuses ( pédophilie, homosexualité cachée ...)

Le combat idéologique est nécessaire. Il passe par les lieux de discussion, forums et réseaux.

Mais je crois que ce sont les journalistes et les hommes politiques, de l'opposition et au pouvoir, qui devraient avoir un rôle décisif. Or ce n'est pas gagné du tout : 70 % des élèves journalistes du CFJ votaient à gauche, selon un sondage fait il y a quelques années …

Les politiques de droite : à part Marine Le Pen et le RN , qui ne me semblent plus représenter une solution pour l'avenir, je ne vois aucun politique de premier plan endosser véritablement cette thématique. Wauquiez a fait quelques phrases là-dessus mais est-il sincère ? Hollande était indifférent aux questions religieuses voire limite hostile et il est probable qu' Emmanuel Macron s'en foute plus ou moins .

Bref, je reste très pessimiste et la partie me semble déjà à moitié perdue.

Peut-être allons-nous vers ce qu'Houellebecq a si finement et puissamment décrit dans "Soumission". J'ai d'ailleurs trouvé très plausible son hypothèse .

Peut-être que nos lointains descendants devront se convertir. Et, finalement, pour un chrétien, il n'est pas si inconcevable de se convertir. Après tout, dans le passé, bien des juifs se sont convertis au catholicisme , dans leur intérêt et pour leur sauvegarde.

Peut-être que le moment historique de la civilisation européenne chrétienne touche à sa fin. Les religions, après tout, sont mortelles .


Nicias : - Il est normal qu'il y ait parfois un peu de rugosité dans nos échanges lorsqu'il y a des convictions et des enjeux derrière, mais rien de personnel pour moi. C'est vrai que l'eau tiède pique moins la peau que la douche d'eau glacée, mais l'objectif est-il de se mentir entre nous pour s'être agréable ? Je pense que le déni que l'on constate souvent sur les questions dont nous débattons est suffisamment répandu sans en rajouter. Ne penses-tu pas que le souci excessif de cet impératif "catégorique" de ne pas choquer, ne pas "stigmatiser", être agréable, être "inclusif", "participatif", etc. se fait au prix d'entorses béantes et finalement nocives au devoir de vérité (ou d'authenticité si on est moins sûr de son fait) ? C'est compréhensible d'ailleurs. Le déni peut-être une façon de se protéger, mais l'ennui est qu'il empêche aussi à terme de bien comprendre ce qui nous arrive.

Sur le fond, les religions sont peut-être mortelles, mais elle montrent en tout cas actuellement de sacrés signes de vitalité à travers l'Islam. Et même la déchristianisation de la France n'est pas une généralité. Les églises évangéliques protestantes sont en pleine expansion, en Afrique ou en Amérique latine (Brésil en particulier). Le problème est plutôt que, si l’axiome selon lequel seule une religion peut s'opposer à une autre religion est vrai, on a tout de même à faire dans le cas du christianisme à une religion reposant sur l'amour du prochain, le pardon des offenses, une conception universelle de la personne, bref à des valeurs humanistes. Tandis que, de l'autre côté, nous avons une religion l'Islam, dont les courant en expansion - salafisme, wahabisme, frérisme - reposent sur l'impératif de conquête (jihad), l'opposition entre musulmans et infidèles, l'infériorité de la femme, etc. Combat inégal tant les intentions et les moyens utilisables pour les réaliser sont opposés. Le dialogue avec l'Islam du pape François me rappelle un peu, toute révérence gardée, la politique d'apaisement au moment de Munich qui faisait dire à Churchill : "ils ont choisi le déshonneur pour éviter la guerre, et ils auront à la fois la guerre et le déshonneur". Et Bernanos à sa façon : "Il est peut-être aussi inutile de prétendre opposer dans cette guerre les dictatures aux démocraties pacifistes car à la manière dans les démocraties européenne ont servi la paix ..., il est permis de se demander si elles n'aimaient pas la paix beaucoup moins qu'elles ne détestaient la guerre."

Non, le seul espoir qui me nourrit est de considérer que la civilisation occidentale, fille à la fois de la Grèce, du judaïsme et du christianisme, a pu développer grâce à sa capacité d'auto-critique (dont semble complètement dépourvu l'Islam) des possibilités de développement et de puissance que seules les remises en cause rendent possible. Donc à terme, oui peut-être, l'Occident peut résister et peut-être même l'emporter, à condition qu’entre-temps il ait renoncé à s'autodétruire à force de se désarmer lui-même. Là encore c'est une question de temps. Les deux dernières guerres mondiales industrielles ont montré que les démocraties étaient lentes à réagir, mais que lorsque le rouleau compresseur était lancé, rien ne pouvait l'arrêter. Nous n'en sommes pas apparemment encore à ce stade. Bon je sais que tout cela n'est pas forcément très réjouissant et fait un peu "clash" de civilisations, mais avons-nous le choix ?


Evandre : - Il est tout à fait normal qu'on se "frotte" un peu sur ces sujets. Imaginez les débats si j'étais un socialiste altermondialiste, anticapitaliste, écolo-gaucho ! Je suis totalement d'accord : l'Occident, depuis les Grecs, a fait ses preuves comme civilisation, a de beaux restes et j'espère que l'histoire donnera raison à ton optimisme relatif !



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