Pierre Benoît par Jean Cocteau


Samedi 3 mars /1962/. - Mort de Pierre Benoit (...). J'ai télégraphié que je ne participerai à aucune cérémonie /officielle/. C'est un vrai massacre à l'Académie. Il y aurait ridicule à parader de deuil en deuil. Et, en outre, j'éprouve un vrai chagrin et je n'aurais aucun cœur à prononcer des discours et à porter l'uniforme.

Les amis de Pierre doit se réjouir de le savoir enfin délivré du cauchemar de vivre (..;).

Pierre n'a jamais eu de tête. Tout passait par le cœur. Il ne digérait pas l'offense de son emprisonnement. Il ignorait la politique des lettres et publiait un roman après l'autre sans se douter de la grande vague qui remuait bousculait le sens des valeurs. Il m’aimait sans me lire. Cette confiance aveugle me touchait beaucoup plus que l'admiration, car ce qu'il admirait en moi, c'était ce que la France me refuse et que son instinct enfantin lui faisait comprendre. Ce genre d'homme n'existe plus. Il en était resté à l'époque où un article en tête du Figaro rendait un écrivain célèbre, où les libraires vendait le dernier Barrès ou le dernier Benoît sans que les courses au prix ne dérangeassent la vente. A cette époque les libraires étaient des spécialistes et n'achetaient pas une librairie comme un garage d'automobile. L'Académie verra d'un très mauvais œil que je ne participe pas aux réjouissances funèbres. Je m'en moque. Nous suivrons tous Pierre dans la tombe et les petites intrigues nous y suivront (J. Cocteau : Le Passé défini, 1962-1963 ; Gallimard, 2013, p. 54-55).

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