"On ne gouverne pas les hommes de haut" (A. Prévost-Paradol)


Anatole Prévost-Paradol

"Dès sa première jeunesse, Prévost-Paradol eut un vif sentiment de sa supériorité, et il prenait plaisir à la faire sentir aux autres. Se livrant à ses amis, sa réserve hautaine tenait à distance les ennuyeux et les médiocres ; c'était une maison fermée, où l'on n’entrait que muni d'une carte d'invitation en forme, et les invités étaient rares. Nombre de ses camarades l'accusaient d'être insociable, sans se douter que son commerce intime était d'un charme extrême. M. Gréard nous raconte qu'à l'Ecole normale, il ne frayait guère qu'avec l‘élite, qu'on eut toujours de la peine à l'entraîner dans les communes réunions, qu'il était sans cesse occupé à se garder, qu'il adorait la lecture, la controverse à deux, mais seulement à deux, que lorsque, dans une salle d'étude ou de conférence, il était maître de choisir sa place, il la prenait au bout d'une table, près du mur, afin de n'avoir qu'un voisin. Un jour que son grand et sage ami, lui faisait remarquer qu'on n’agit sur les hommes qu’en se mêlant à eux : “ Ah ! répondit-il avec un éclair dans les yeux, je ne gouvernerai jamais que par la parole, mais je gouvernerai de haut.” C'était condamner son ambition. On ne gouverne pas les hommes de haut ; il est des cas où il faut leur parler de très près et il y a des choses qu'il faut leur dire à l'oreille, autrement il n'entendent pas. Il n'a jamais eu les fausses modesties, les hypocrisies d'amour-propre qui conviennent aux politiques. Il était né dédaigneux ; c'est le genre d'orgueil le plus agressif, celui qui nous isole le plus et qu'on nous pardonne le moins" (G. Valbert : Prévost-Paradol et ses pages choisies ; Revue des Deux Mondes, 1er mai 1894, p. 212).

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