"La détection de la fausse littérature" (W. Weidlé)


L'usage de la psychanalyse, dans les lettres, ne saurait être prescrits qu’en vue d’une fin très spéciale : la détection de la fausse littérature. Freud nous enseigne que l'oeuvre d'art sert à ouvrir une soupape aux convoitises refoulées de l'artiste, lequel s'identifie à son héros et l'utilise comme son remplaçant dans une fiction qui n’est qu’un succédané de la réalité. La tâche qu’assume le psychanalyste, lorsqu'il se fait critique, consiste par conséquent, à retrouver l'auteur dans son héros, puis à reconnaître le ressort caché qui a mis sa plume en mouvement, lequel, sous la forme particulière qu'il a revêtue en l'occurrence, est commun à beaucoup d'hommes, et dans son mobile ultime, commun à tous. Or, à vrai dire, n'est-ce pas un bien mauvais livre que celui dont l'auteur ne fait que projeter dans la fiction ce qui lui avait été refusé de vivre dans la vie réelle, tout en permettant à son lecteur de se procurer la même illusion ? Si c'est ainsi que l'on construit les romans-feuilletons et toute la basse littérature qui leur est apparentée, la littérature authentique n'a que faire de ces méthodes. Dans les oeuvre qui en relèvent, la réalité est transformée qualitativement, transposée dans une autre dimension, et non pas seulement édulcorée, enrubannée afin de servir de décor à tel plaisir défendu dont on jouit par procuration. Tout cela, le critique qui n'est pas psychanalyste l’aura vite compris, et du même coup il saura en quoi pourrait lui être utile la psychanalyse : les œuvres se révèlent comme valables dans la mesure même où elles lui échappent (W. Weidlé, Les abeilles d’Aristée ; Gallimard, 1954, p. 71).

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