Charles Baudelaire par Julien Green






"Ce fut cette année-là /1916/ que je me mis à lire Baudelaire plus attentivement et il me sembla que le monde changeait à mes yeux. La grande tristesse de la terre m'apparut, mais ornée de telle sorte qu'elle devenait séduisante. La beauté régnait dans ces vers comme une souveraine en deuil. Je ne comprenais pas tout, je sautais les blasphèmes, mais tous ces mots simples me grisaient d'une joie mélancolique, j'étais malheureux sans savoir pourquoi, et je jouissais de ce malheur. Les passions charnelles dont il était question gardaient pour moi un mystère qui les rendaient inoffensives, mais la perfection de ces vers et leurs imperfections mêmes prenaient dans mon esprit une force magique, et ils avaient ceci de particulier que je croyais toujours les lire pour la première fois parce que, d'une manière inexplicable, ils changeaient entre deux lectures. Cela tenait sans doute à la faiblesse de ma mémoire qui retenait mal les mots, ou à je ne sais quel sortilège du poète" (J. Green, Partir avant le jour, 1963 ; Biblioth. de la Pléiade, 1977, t. 5, p. 846).







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